L'histoire du syndicalisme médical
publiée en 10 épisodes dans
l'hebdomadaire
"LE GENERALISTE"
du 17 mars au 26 mai 2005

 

Auteur : Philippe ROBERT


© le Généraliste

 

Merci à cet hebdomadaire de nous avoir permis
de reprendre ce texte sur notre site

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL

La Sécu divise le corps médical

 

Au début de l’an neuf, les Drs Jacques de Toeuf et Philippe Vandermeeren mobiliseront leurs troupes pour les troisièmes élections médicales organisées par l’Inami. Ce sera vraisemblablement le dernier duel que se livreront les deux présidents.

Le président de la Chambre syndicale des médecins de l’agglomération bruxelloise, qui copréside l’ABSyM en alternance (linguistique) avec le Dr Marc Moens, et le champion du Groupement belge des omnipraticiens, qui préside le comité directeur du Cartel, rêvent – l’un comme l’autre – de céder le flambeau à la génération qui monte. S’il n’y a certes pas pléthore de candidats pour ‘servir’ la profession et les confrères, nous l’avons mis en lumière (cf. Le Généraliste du 24/02), il s’en trouvera, n’en doutons pas… Tant la destinée de la médecine est imbriquée... à la Sécu.

Enfants des conflits

‘Enfants des conflits’, selon la formule du sociologue Alaluf, les deux présidents ont en commun un courage et une volonté extraordinaires. Si tenir tête à un ministre est moins un problème que sacrifier des soirées multiples et des journées à l’idéal commun, l’un comme l’autre n’encaissent pas toujours aisément les reproches de ceux qui les accusent de ‘ne rien faire’, de ‘céder’. Quand ce ne sont pas des ‘noms d’oiseaux’ qui volent bas, alors même que, comme le rappelait l’électron libre de Trooz (3 mars), « la majorité des médecins ne sont pas syndiqués ».

Manque de temps

La principale raison du nombre réduit des militants syndicaux – loin devant l’individualisme qui caractérise la profession – est le manque de temps. Car se lancer dans l’action, quand on preste des semaines de 50/60 heures, oblige à sacrifier le tennis ou l’équitation, les soirées au coin du feu et les sorties en couple; à annoncer régulièrement à son ou sa partenaire, ainsi qu’aux enfants, qu’on rentrera tard. Membre fondateur du GBO, dont il fut le troisième président, le Dr Paul Pierret, de Bertrix, résume pour nous les servitudes de la fonction syndicale: « Pendant 27 ans, une fois par semaine, deux parfois, j’ai dû rallier Bruxelles, 320km aller retour, pour siéger à l’Inami, à la Santé, au Conseil supérieur du médicament. » A l’époque – les plus jeunes le savent-ils? – il n’existait de surcroît que 25km d’autoroute, entre Bruxelles et Wavre.

Les temps modernes

Si chacun sait que le syndicalisme médical a fait irruption à la une de l’actualité politique belge avec la grève historique d’avril 1964, seul les anciens savent que le corporatisme médical a commencé une mutation irréversible au lendemain de la Libération. Avec l’arrêté loi de décembre 1944 relatif à la sécurité sociale des travailleurs et l’arrêté du Régent de mars 1945 organisant l’Assurance maladie.

Depuis le 19e siècle, ces ‘notables’ qu’étaient les médecins étaient officiellement représentés par une Fédération Médicale Belge. Les mutations du corporatisme, en syndicalisme, allaient mener la FMB à sa fin.

Lors du vote de la loi fiscale d’avril 1947, la FMB allait d’ailleurs elle-même sonner le tocsin des temps modernes. La loi entendait en effet imposer aux professions libérales – donc aux médecins – de tenir un livre journal et d’utiliser des carnets à souche. « Des mesures jugées inacceptables par le corps médical, sensibilisé par la collusion possible entre les départements des Finances et de la Sécurité sociale, » témoigne, dans une monographie rédigée en 1972, le Dr Robert Streel, cofondateur du GBO. Ces mesures s’inscrivaient, annonce le Dr Streel, « dans un système qui aboutira à la notion d’un véritable Service National des Médecins, » préfigurant cette loi Leburton qui unifia toutes les révoltes d’un corps médical qui sut oublier – le temps d’une grève – des divisions de moins en moins feutrées.

Premières lézardes

Avec la Sécu naquirent les barèmes et les tickets modérateurs... à l’origine des premières lézardes entre MS et MG. C’est au lendemain du 1er congrès médical de l’après-guerre, en juillet 1948 à Ypres, que les premières Unions professionnelles spécialisées se retirèrent d’une Fédération où elles se jugeaient minoritaires, pour former un Groupement belge des médecins spécialistes d’où sortira, en 1954, le Groupement belge des spécialistes.

La Sécu – une sécurité sociale forte – s’inscrivait en 1944-45 dans le contexte d’un pays qui avait été « l’un des premiers à se lancer dans la voie de l’industrialisation, » selon « le modèle du capitalisme libéral, » ce qui avait initié « un puissant mouvement ouvrier, doté d’organisations solides. » (Extraits de ‘La décision politique en Belgique’, publié chez A. Colin pour la Fondation nationale des sciences politiques)

Sous l’égide de villes, provinces et CPAS contrôlés par le politique, sous la bannière directe de mutualités elles aussi inévitablement ‘politiques’, hôpitaux et polycliniques se développèrent. Les avancées médicales et techniques de la seconde moitié du 20e siècles aidant, la médecine spécialisée allait d’autant plus aisément s’imposer qu’elle œuvrait sous l’œil des décideurs. Alors que les omnipraticiens exerçaient dans la dispersion, la solitude et le surmenage chronique de médecins qui soignaient, accouchaient et faisaient de la petite chirurgie.

Le choc du futur

« Le gouvernement, » consigne le Dr Streel, « profitera évidemment de la situation et on parlera, pour la première fois, de médecine à l’abonnement, pour fléchir les irréductibles, épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête des médecins que l’on brandira de nombreuses fois, par la suite, pour pousser le corps médical dans la voie d’une collaboration accrue au bon fonctionnement de l’Assurance. »

C’est à l’occasion d’un remaniement des nomenclatures qu’allait se créer une deuxième déchirure entre MG et MS, ceux-ci parvenant à imposer leur point de vue, l’automne de 1956, au ‘Conseil Technique de l’Assurance’. Où siégeaient, face au gouvernement, des représentants des associations professionnelles, des universités et des mutualités.

« Le mécontentement des généralistes fut grand, » note le Dr Streel, expliquant: « Pour la première fois apparaissait une distinction légale entre généralistes et spécialistes, la consultation de ces derniers étant gratifiée d’un remboursement double ». C’est de cette frustration, de cette colère qu’allait naître, le 10 mai 1959, l’Union belge des omnipraticiens.n

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (2)

‘Normalisation’ de la médecine en 1963

 

La mise en place de la Sécu et de l’Assurance maladie invalidité, ainsi que leur organisation, se déroulèrent sans grands problèmes, jusqu’en 1961.

Après la Libération, note le Dr Robert Streel (qui deviendra en 1965 le premier secrétaire général du GBO), « l’impossibilité d’aboutir à un accord entre les associations médicales et les instances officielles se traduira par une espèce de modus vivendi, qui permettra à l’assurance de fonctionner sans obligations d’honoraires dans le chef des médecins. » La Belgique ne comptait pas 10.000 médecins et les unions locales, affiliées à la Fédération Médicale Belge, étaient invitées à fixer des tarifs minima en faveur des économiquement faibles. Ce qui était naturel, puisque avant la Sécu, les médecins soignaient gratuitement les pauvres.

Les ‘grandes grèves’

Dans la monographie ‘Corporatisme ou Syndicalisme?’ où il narre son combat, le Dr Streel, MG à Aywaille, cite un ‘modus vivendi’ de 1945. La ‘Médico-rurale liégeoise’ s’était engagée à respecter des honoraires généralistes de 25 F pour une consultation et de 40 F pour une visite, ainsi que de 50 F pour la consultation spécialiste et de 100 pour la visite du MS. L’accouchement était facturé 1.000 F.

Quatre type d’interventions prévoyaient pour les MG les honoraires suivants: 250 F pour les fractures, 400 pour l’opération d’une hernie, 600 pour une appendicectomie et 800 pour une cholécystectomie, les tarifs étant chaque fois doublés pour les chirurgiens. Usuellement effectuées par les MG, ces interventions donnent tout leur sens au titre de ‘docteur en médecine, chirurgie et accouchement’. Elles expliquent, la spécialisation s’accélérant après la guerre, le malaise ressenti par nombre de MG quand les unions de MS imposèrent au politique la notion de ‘médecine spécialisée’.

Pour contrer l’importance grandissante des spécialistes, qui avaient claqué la porte de la FMB en 1948 et fondé le GBS en 1954, une Union belge des omnipraticiens s’organisa en 1959. Cependant, les lézardes au sein du corps médical allaient faire place à l’union sacrée, lorsque Edmond Leburton, ministre de la Prévoyance sociale en 1961, orchestra la ‘normalisation’ de la médecine, premier pas vers son étatisation.

La ‘Loi Unique’

Pour comprendre le ‘coup de poker’ du ministre, il faut remonter au scrutin de 1958. Le Premier sortant, le socialiste Achille Van Acker, vit son parti s’éroder de 2%. Exit le ‘père de la Sécu’, que le député de Bruges avait initiée comme ministre de la Prévoyance sociale en 1944-45. Le PSC ayant gagné plus de 5% des voix, Gaston Eyskens mit sur pied un cabinet homogène en juin 1958. Ne disposant de la majorité absolue qu’à la Chambre, il négocia dès la rentrée l’entrée au gouvernement des libéraux, pour initier une ‘Loi d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier’.

La fameuse ‘Loi Unique’, approuvée l’automne de 1960, visait à redresser les finances de l’Etat. La dette publique enflait démesurément. La crise charbonnière inaugurée en 1957 ne précédait que d’un an la récession qui frappa le secteur agricole, les règles du Marché commun s’ajoutant dès 1958 à la concurrence céréalière venue, avec nos libérateurs, du Nouveau Monde. Enfin, pour ne rien arranger, quelques semaines avaient suffi pour que s’effondrent, en 1960, les structures économiques de l’ex-Congo belge.

Avant de présenter au Roi sa démission, le gouvernement Eyskens put faire voter 14 arrêtés d’application de la ‘Loi Inique’: le nom que lui avaient donnée les centaines de milliers de manifestants descendus dans la rue, au cours des ‘grandes grèves’ de l’hiver 1960-61, qualifiées d’ ‘insurrectionnelles’ par la droite.

L’AGMB de Leburton

Au scrutin de mars 61, le PSC demeura le premier parti mais c’est un adversaire du Premier qui reprit la présidence du Conseil: le président du PSC Théo Lefèvre. Qui rompit avec la tradition en organisant ‘un gouvernement travailliste’ avec le socialiste Spaak.

Et voilà Leburton à la Prévoyance sociale. Un pied à la direction du ‘Peuple’, un autre à la présidence des Mutualités socialistes, cet élu de Waremme était un homme de bonne compagnie, presque BCBG en comparaison avec des socialistes tels André Cools, qui avaient dépavé les rues avec les grévistes de l’hiver. Il organisa donc une ‘Association Générale des Médecins Belges’ où furent invités à siéger des délégués de la FMB, du GBS et de l’UBO.

Les médecins proposèrent à Leburton, pour la sortir du rouge, de réformer en profondeur l’assurance maladie, en collaboration avec les organisations médicales. En attendant cette réforme structurelle, note le Dr Streel, « la collaboration entre l’AMI et l’AGMB pourrait se réaliser sous forme d’un engagement des médecins, dans le cadre d’une déclaration médico-gouvernementale. »

Le triomphe du ministre

Tout ronronnait quand, s’appuyant sur l’art. 52 de la ‘Loi Unique’, le gouvernement fit voter le 9 août 1963 la ‘loi Leburton’, sans que l’opposition libérale ne réagisse.

L’espoir fait vivre, certes, mais les promesses ressemblaient de plus en plus à des paroles en l’air. Car la loi nouvelle réglait de façon précise, rappelle le Dr Streel, « les rapports entre l’assurance maladie et les médecins par voie de conventions ou, en leur absence, par l’obligation imposée au corps médical de respecter des tarifs d’autorité ». Dans sa ‘Bioéthique d’une Biographie’ (chez Artcadia), le Dr André Wynen souligne que « la liberté du malade de choisir son médecin et son hôpital était compromise ». Qu’en effet, « l’indépendance technique et morale du praticien était subordonnée à des impératifs réglementaires et légaux inacceptables, notamment dans le choix des moyens à mettre en œuvre pour traiter le patient dans l’intérêt de celui-ci ». Enfin, achève celui qu’un MG allait propulser sur le chemin du syndicalisme (ci-dessous), « la protection du secret médical était directement mise en question, par l’obligation de soumettre au contrôle de l’assurance maladie les fiches et dossiers médicaux dans lesquels le médecin consignait non seulement des observations objectives, relatives à ses malades, mais aussi ses réflexions personnelles et ses hypothèses de diagnostic. »n

 

MG à Mont-Saint-Guibert

Henri Mardulin pousse les jeunes à la révolte

C’est un membre de la Fédération Médicale Belge qui souffla la révolte dans le cœur des médecins qui œuvraient, avec le futur leader des chambres syndicales, à la réalisation d’une clinique à Braine-l’Alleud.

Natif de Malines parti s’installer à Mont-St-Guibert (où son fils Pierrot a repris son cabinet), le Dr Henri Mardulin était le doyen des MG issus de l’ULB. « Tous les jeunes avaient pour lui le plus grand respect et nous l’aimions tous également, » nous confie le Dr André Wynen. Lorsqu’il partait en vacances, le Dr Mardulin s’adressait en effet aux étudiants en dernière année de doctorat pour assurer son intérim.

Aussi, le Dr Wynen et ses amis, MG en majorité, surent que ce responsable de la FMB ne parlait pas dans le vide lorsqu’il leur tint ce langage: « Il faut absolument que les jeunes prennent eux-mêmes en main la défense professionnelle, parce que c’est leur carrière qui est menacée. C’est à vous qu’il appartient aujourd’hui d’agir, si vous voulez que les objectifs de votre combat répondent à vos aspirations. »

Le Dr Wynen et ses amis se présentèrent en septembre 1962 au scrutin pour la désignation du CA de l’Union médicale du Brabant wallon. Tous élus! Mais l’union ne comptait pas un seul autre membre... Que faire pour être pris au sérieux? Le Dr Rosy dit à ses confrères qu’un de ses amis, le Dr Jacquet, s’occupait d’organiser à Liège un syndicat médical. A. Wynen prit rendez-vous, fila sur Liège et devint de la sorte l’un des membres fondateurs de la première des cinq chambres syndicales. Qui allaient abattre la ‘loi Leburton’ l’année suivante.n

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (3)

Les chambres syndicales triomphent

Durant la grève historique du corps médical, le Dr Georges Rosy était ‘chef de cellule’. Généraliste à Braine-l’Alleud, où il exerce toujours, il n’a jamais désarmé et se demande: « La jeune génération a-t-elle conscience de la liberté qui est encore nôtre mais que les gouvernements qui se succèdent grignotent peu à peu? »

La grève, qui s’est déroulée du 1er au 18 avril 1964, figure dans les annales de la médecine occidentale comme une page d’histoire médicale unique. Et, d’une certaine façon sans doute, puisque cela s’est passé en Belgique, comme un événement surréaliste, les grévistes étant encore considérés, 20 ans après la guerre, comme des ‘notables’.

Les individualistes

« L’unité du corps médical pose une question très pertinente et extrêmement complexe, » souligne, dans le portrait qu’en a tracé en 1989 Omer Marchal (éditions Hatier), l’homme dont le patronyme a symbolisé cette unité. André Wynen poursuit: « On peut dire, au départ, que le corps médical est très divisé. Dans l’ensemble, les praticiens sont, par nature, des professionnels individualistes, méfiants à l’endroit de tout ce qui cherche à les regrouper ou à les soumettre à une discipline d’ensemble. » De surcroît, longtemps avant la fédéralisation du pays, les médecins exerçaient leur art solitaire dans un village, un faubourg, une ville, une province, sans se préoccuper le plus souvent de la province d’à côté, des autres cités et villages.

Le ‘grand chef blanc’

Au printemps 1961, c’est un homme ambitieux qui hérite du portefeuille de la Prévoyance sociale. Il le prouvera, puisque Edmond Leburton, bien que Wallon, deviendra Premier ministre en 1973. Le ‘grand chef blanc’, surnom qu’il doit à son imposante toison, décide qu’on ne la lui fera pas; que lui, il réussira à dompter ce corps médical responsable d’une assurance maladie ‘flottante’ depuis sa naissance, en dépit de diverses tentatives ministérielles.

Leburton organise donc des potopotos avec une Association Générale des Médecins Belges taillée sur mesure. Mais quelques hommes libres, pressentant l’avènement d’une médecine étatisée à la sauce anglaise, communiquent leur inquiétude autour d’eux. C’est le cas de l’un des responsables de la Fédération Médicale Belge - une organisation académique intégrée à l’AGMB - le Dr Henri Mardulin, qui pousse les Brabançons – ce vieux sage est généraliste à Mont-St-Guibert – à s’investir dans la défense professionnelle.

L’ami médecin

Avec quelques confrères, les Drs Wynen, Carlier (biologiste dans la clinique de Braine) et Rosy suivent le conseil du Dr Mardulin et sont élus, en septembre 1962, à la tête de l’Union médicale du Brabant wallon… dont ils sont les uniques membres. Dans sa ‘Bioéthique d’une Biographie’ (Artcadia), le Dr Wynen témoigne: « Le Dr Rosy, qui avait inspiré mon installation à Braine-l’Alleud, nous expliqua qu’il avait un ami médecin à Liège, qui lui avait expliqué que, chez lui aussi, certains confrères se préoccupaient de l’avenir et avaient décidé de créer, sur le modèle et avec les conseils de Fabrimétal – le syndicat des patrons métallurgistes – une chambre syndicale médicale. »

C’est en 1954 que le Dr Rosy avait proposé à son éphémère condisciple de l’ULB (fermée en 1941 par l’occupant) de redonner vie à une petite clinique brainoise, bouclée à la Libération, au nom de ses confrères des environs, tous ennuyés de devoir adresser leurs patients aux hôpitaux de la capitale. Diplômé de la Faculté de Liège, le Dr Rosy avait pu achever sa médecine dans la Principauté, en 1943, dans le même temps qu’A. Wynen – qui avait, lui, quitté l’ULB pour Namur – voyait son cursus retardé par un passage à Breendonk, un séjour à Buchenwald puis un autre dans un sana, ayant contracté la tuberculose durant sa captivité.

Tir au but

Après avoir attiré son confrère chirurgien dans son ‘village’, Braine n’ayant pas encore été transformé en dortoir aéré de la capitale, le Dr Rosy allait le propulser sur Liège, non en raison des contacts qu’il y aurait conservé de ses études mais à la suite d’un séjour à la Côte d’Azur.

Beaulieu-sur-Mer, dans le pays niçois, une aire de parking. C’est là que le Dr Rosy se lie d’amitié avec un MG de Cheratte, le Dr Alfred Jacquet. « Il avait garé sa voiture non loin de la mienne, » se souvient le Dr Rosy. « J’ai eu le regard attiré par le caducée collé sur son pare-brise. Lui a regardé le mien. Nous avons engagé la conversation. J’ignorais où se trouvait Cheratte. Lui situait parfaitement Braine, ‘qui ne sait pas jouer au foot’, me lança-t-il. J’étais, ce qu’il ignorait évidemment, vice-président du Cercle brainois et nous avions de peu manqué la montée en Division 3. » Le genre de vanne qui scelle une amitié, et c’est ainsi que les deux confrères et leurs épouses, Thérèse Jacquet et Jeannine Rosy, devinrent de grands amis.

« Leburton veut nous nationaliser »

« En octobre 1962, » enchaîne le Dr Rosy, nous avons reçu les Jacquet à dîner et c’est là que mon confrère m’a dit: ‘Tu sais, Georges, Leburton veut nous encadrer, nous nationaliser; c’est pourquoi nous avons fondé, à Liège, une chambre syndicale.’ J’ai informé Wynen de la chose... »

Le 11 novembre, le Dr Rosy présentait le Dr Jacquet à son ami Wynen, qui prit contact avec les fondateurs de la chambre syndicale liégeoise créée le 17 mai 1962 (statuts au Moniteur du 21 juin). « Wynen, Carlier et moi, » poursuit le Dr Rosy, « avons pris rendez-vous et nous avons été reçus, à Liège, par les Dr Jous et Thoné. Nous nous sommes immédiatement fait membres de la chambre syndicale, Wynen héritant du numéro 303 et moi, du 304. Une semaine plus tard, les Liégeois sont venus à Braine – Nicole Wynen nous avait mitonné un waterzoi – et la chambre syndicale du Brabant wallon, de Namur et du Hainaut était créée. »

La force de l’union

A l’exemple du Dr Rosy – dont un cousin médecin à Namur avait relayé sur place la révolte, une relation du MG brainois introduisant les syndicalistes en herbe auprès du Collège des médecins de l’agglomération bruxelloise – quantité de médecins se multiplièrent pour organiser la résistance. Sonnant le tocsin devant des assemblées improvisées, le Dr Wynen et ses troupes réussirent à implanter des chambres syndicales à travers tout le pays, notamment en raison du soutien d’hommes comme le Dr Joseph Hoet, senior professeur de l’Université de Louvain, qui avait formé nombre de médecins flamands et francophones.

Dans sa monographie historique, le Dr Streel témoigne de cet élan: « Déjà, aux premiers états généraux de la médecine, le 19 octobre 1963, on notait l’influence prépondérante des chambres syndicales; celles-ci devaient prendre effectivement le leadership médical au moment des seconds états généraux de la médecine, le 25 janvier 1964. »

Dès le 22 février, la FMB mettait la clé sous le paillasson, après un siècle d’existence. Le 22 mars, l’Union Belge des Omnipraticiens se sabordait, intégrant les chambres syndicales. Comme l’avait déjà fait le Groupement Belge des Spécialistes. A l’occasion de la grève, l’Union professionnelle des médecins socialistes implosa. De sorte qu’un seul mouvement demeura en-dehors de l’union sacrée: l’Algemeen Syndikaat. n

 

Naissance de la Médico-Mut

A la mi-mai 1963, les 5 chambres syndicales organisèrent au départ de petites cellules – tout comme le Dr Wynen avait appris à officier dans la Résistance – le sabotage du conventionnement organisé par la loi. Quelques dizaines de médecins seulement ayant, au 1er janvier 1964, signé la convention, le gouvernement chargea d’une médiation les partenaires sociaux, décidant d’une trêve jusqu’au 1er avril, premier jour des vacances de Pâques.

Au lieu de désarmer, les ‘cellules’ organisèrent les ‘vacances’ de nombre de confrères à partir du 26 mars, déclenchant la grève le 1er avril. Le Dr Rosy explique: « Nous ne répondions plus qu’aux appels urgents. Dans tous les cas, c’était un inconnu des patients qui intervenait, ce qui permettait d’expliquer notre grève. » Le 18, le gouvernement signait un compromis et chargeait le recteur de l’UCL d’une médiation. Les grévistes avaient gagné...

Une victoire confirmée – avec le retrait de tous les articles de loi qui rejetaient le corps médical – lors des Accords de la St Jean. Accords qui initièrent, le 25 juin 1964, la Commission Nationale Médico Mutualiste... et provoquèrent aussi la balkanisation du corps médical.n

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (4)

1965-1970: la Fédération éclatée

Après 1964, année de la victoire du corps médical sur la tentative de normalisation orchestrée par le ministre Leburton, 1965 apparaît comme l’année de sa ‘balkanisation’, le qualificatif étant d’André Wynen.

L’individualisme intrinsèque de la profession médicale ne suffit pas à expliquer les multiples ruptures. Des visions politiques divergentes y ont aussi sûrement joué un rôle que le développement algébrique de la médecine spécialisée. Avec, bien entendu, les heurts inévitables entre fortes personnalités.

La ‘médecine spéciale’

Le 27 février 1964 – moins de deux mois avant la grève –, le Dr Robert Streel écrivait au secrétaire général de l’Union belge des omnipraticiens: « Croyez bien que les ‘Médecins Ruraux’, dont je pense représenter l’opinion, partagent entièrement l’optique et le programme des chambres syndicales; et que les dispositions prises, à l’initiative des commissions, garantissent de façon indiscutable les intérêts des omnipraticiens. »

Dans la monographie narrant son combat, ce MG d’Aywaille explique sa déception, au terme des premières réunions de la Médico-Mut initiée par les Accords de la St Jean: « Après avoir examiné la composition de cette commission, nous ne nous permettrons qu’un seul commentaire: 75% de ses membres n’étant directement intéressés que par les problèmes de la médecine spéciale, l’omnipraticien ne pourra désormais plus faire entendre sa voix, lorsque son opinion sera opposée à celle du spécialiste. L’unité d’action des généralistes étant battue en brèche par la disparition de l’UBO, ce furent une nouvelle fois les délégués du Groupement belge des spécialistes qui négocièrent la concrétisation pratique des accords de juin. »

8 avril 1965

Le 18 octobre 1964, d’anciens dirigeants de l’UBO – qui s’étaient rapprochés de l’Algemeen Syndikaat, après la fusion de l’Union avec les chambres syndicales – créèrent le Syndicat national des omnipraticiens belges. Le Dr Joseph De Clerck, MG à Jupille et membre de Liège Luxembourg, fut accusé « de vouloir rompre le front commun. » Un front cependant fragilisé par la volonté des dirigeants de la chambre syndicale originelle, celle de Liège, de ne pas négocier avec le ‘gouvernement travailliste’ Lefèvre Spaak mais de l’abattre. Ce qui aurait pu laisser le corps médical sans interlocuteur pendant des mois, ce que le groupe Wynen jugeait pernicieux.

« Plusieurs tentatives de conciliation s’efforcèrent de rapprocher les points de vue, » consigne le Dr Streel, citant « le projet de constituante élaborée, le 8 février 1965, par la commission nationale des généralistes présidée par le Dr Malfliet, qui devait recueillir un avis favorable auprès des délégués omnipraticiens de 4 chambres sur 5, dans le secret espoir d’aboutir à une parité efficiente entre spécialistes et omnipraticiens. » Mais les querelles s’amplifiaient, entre réalistes et ultras, au point que l’éclatement fut entériné le 8 avril 1965 – un an après la grève nationale –, lorsque la Fédération des chambres syndicales se dédoubla en une Fédération dite ‘orthodoxe’ et l’autre, celle d’A. Wynen, surnommée la ‘Fédération ASBL’.

Les frères ennemis

Tandis que la Fédération ASBL négocie avec le gouvernement, pour amender la loi (grâce notamment aux députés Brouhon et De Paepe… qui deviendront l’un et l’autre, par la suite, ministre de la Prévoyance sociale), de plus en plus de MG de Liège Luxembourg ne se jugent plus valablement représentés. « Les omnipraticiens lucides, » rapporte le Dr Streel, « se rendent compte que la scission fédérale compromet aussi leur unité d’action sur le plan national. La fédération Van Steenberge (du nom du médecin courtraisien ayant succédé au Liégeois Thoné, ndlr) entrant progressivement dans l’opposition, les généralistes des commissions camérales comprennent que toute modification de la situation ne peut intervenir qu’à l’intérieur du système, et, à part de rares exceptions, préféreront encourager la création d’un nouveau groupement plutôt que de jouer les transfuges. »

De l’éclatement de la Fédération, le Dr Wynen résumait en 1989: « Nous avons vécu les années les plus dures et les plus pénibles du syndicalisme médical en Belgique. Durant cinq années – de 1965 jusqu’à 1970 – les deux tendances se sont violemment opposées, à la manière de frères ennemis et pas toujours très confraternelles. »n

 

GBO: un pendant au GBS

« La minorité rurale de la chambre syndicale Liège Luxembourg sera en fait l’embryon du regroupement des MG préoccupés par la sauvegarde de leurs prérogatives, la majorité des MG des villes et des banlieues industrielles n’étant en fait sensibilisés que par le taux de base de la consultation et de la visite, essentiel à leur activité. »

C’est le premier secrétaire général du Groupement belge des Omnipraticiens qui écrit cela en 1972. L’homme qui lui succédera, Michel Vrayenne, toujours bon pied, bon œil, a la même indignation dans la voix lorsqu’il nous explique, plus de 40 ans plus tard: « Nous avons fondé le GBO quand nous avons réalisé que nous avions été abusés et que la grève avait servi les intérêts des spécialistes. » MG à Liège, le Dr Vrayenne explicite: « Avant la grève, nos honoraires étaient de 40/60 francs. Ils passèrent à 50/70. Mais la consultation du MS était portée à 60 francs multipliés par 2, 3, 4 ou 5 selon la spécialité. En outre, l’assurance maladie remboursait le double au spécialiste, une mesure qui a contribué à répandre l’idée, dans l’opinion, que le MS était un ‘meilleur médecin’. Un seul exemple suffira: le vaccin polio: s’il était effectué par un pédiatre, le remboursement était triplé. »

Le mépris urbain

Troisième président du GBO, le Dr Paul Pierret, MG à Bertrix, met en avant l’erreur psychologique commise par le groupe majoritaire en Médico-Mut en ignorant les réalités de la campagne en matière de tarification horokilométrique. « Il est courant, au sud du sillon Sambre et Meuse, » nous dit cet autre cofondateur du GBO, « de devoir faire 20/30km pour une visite… et pas nécessairement les jours de garde. » Les médecins des villes tentaculaires de l’hospitalo-centrisme provoquèrent donc la renaissance du CIRDIR, le Comité interrégional pour la défense des intérêts ruraux, qui se transforma rapidement en Bureau de la section rurale du GBO.

D’abord organisé en ‘groupe de pression’ dans l’espoir de faire contrepoids au GBS, le Groupement finit par se distancer de la chambre syndicale de Liège Luxembourg, peu de temps avant que des Luxembourgeois ne rompent avec Liège, pour ajouter une ‘chambre syndicale du Luxembourg’ à la Fédération ASBL, qui groupait autour de Wynen la capitale, Gand et la chambre du Hainaut, Namur et Brabant wallon, tandis que la Fédération orthodoxe regroupait Liège et les deux Flandres.

22 août 1965

C’est dans ce contexte éclaté qu’une quarantaine de militants tiennent, le 22 août 1965, l’assemblée constituante du GBO, dans les locaux bruxellois de la Fédération orthodoxe. Ils proclament, nous citons le Dr Streel, « leur intention de regrouper les médecins généralistes à l’échelon national » et nomment ‘rapporteur’ le Dr Joseph De Clerck, de Jupille. L’homme deviendra le premier président du GBO mais, cet été-là, les ponts ne sont pas entièrement rompus. C’est ainsi qu’en septembre, le conseil national provisoire du Groupement se réunit… dans le local du GBS, après un échange de vue des plus cordiaux avec le président des MS, le Dr Gobin.

Mais la révolte généraliste est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter. En avril 1966, à la suite d’une réunion d’information organisée par les commissions généralistes de la chambre syndicale des deux Flandres, une section flamande du GBO se constitue. Et, le 7 juin 1966, une délégation du GBO est reçue par le ministre de la Prévoyance sociale, De Paepe. Lequel, note le Dr Streel, « nous fait part de sa satisfaction de voir enfin devant lui des représentants d’un groupement d’omnipraticiens. »n

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (5)

1970: le courage du syndiqué numéro 22

Le Dr Georges Henrard succéda aux Dr Thoné (Liège) Van Steenberge (Courtrai) et De Boe (Anvers) à la présidence de la Fédération des chambres syndicales. En 1967. Alors que la guerre était totale entre la fédération historique et l’autre, la seule reconnue. En donnant en 1965 des statuts d’ASBL à ce qui n’avait été jusque là... qu’une association de fait, en effet, son secrétaire général, André Wynen, dépossédait ses challengers d’identité.

Nous étions une association de fait, comme la FGTB ou la CSC, et Wynen, de façon tortueuse, de bonne guerre de son point de vue… » Le Dr Henrard cherche ses mots. Les souvenirs qu’il a accepté d’évoquer pour ‘Le Généraliste’ lui restituent la fougue de ses 30 ans. De ce frère ennemi devenu un ami, le Dr Wynen dit: « Henrard a eu le courage de recoller les pots en 1970. »

Les ‘Principautaires’

Cinq années durant, le président de la Fédération historique et le secrétaire général de la Fédération ASBL se sont affrontés. Rue de la Loi. Dans la presse. Au Conseil d’Etat. Partout. Nous aurons l’occasion de revenir sur cette guerre totale, lorsque nous évoquerons le combat des généralistes de Liège Luxembourg. Restons ce jour chez les ‘Principautaires’, sans lesquels la grève historique de 1964 n’aurait sans doute pas été possible. Car « c’était une gageure qui frise l’utopie: on s’était mis en tête que, l’union faisant la force, il fallait réunir TOUS LES MEDECINS dans un même syndicat, » résume le Dr Henrard. Dont la carte de membre porte le numéro 22.

Le futur président fédéral en rit encore aujourd’hui: « Je venais d’être opéré de l’appendicite, à Ste-Elisabeth Liège. Mon confrère Jous est entré. S’installant au pied de mon lit, il m’a lancé: ‘Georges, comme tu es dans un état de faiblesse, je viens te soutirer 10.000 F: nous créons une chambre syndicale des médecins.’ » Le Dr Jous est l’un des ‘trois mousquetaires’ qui donnèrent vie à la chambre syndicale belge (cf. l’interview de l’épouse du Dr Henrard ci-après).

Le nerf de la guerre

Cette cotisation illustre, en passant, combien les ‘trois mousquetaires’ étaient excessifs en toutes choses. A l’époque, quantité d’employés ne gagnaient pas cette somme en un mois. Mais ce sont ces cotisations – astronomiques – qui permirent la création, le 17 mai 1962, à Marche, d’un syndicat médical digne de ce nom. Le Dr Henrard en frétille encore, tout joyeux: « Nous sommes allés au PC, pour étudier leur organisation, et nous avons organisé notre chambre sur le schéma communiste, avec des cellules pyramidales. De la sorte, grâce au téléphone – tout médecin contacté en appelait aussitôt trois autres – nous étions en mesure de faire passer, en trois heures, un mot d’ordre à l’ensemble du corps médical. »

Les ‘trois mousquetaires’ n’avaient apprécié ni la fin de la grève ni la signature des Accords de la St-Jean. Ils menèrent l’opposition de l’intérieur, avant de faire feu des quatre fers, lors de la création de la Fédération ASBL.

Négativistes et réalistes

Un nombre certain de MG de Liège Luxembourg prirent peu à peu leurs distances avec ces indomptables ferrailleurs. Tel fut le cas du Dr Robert Streel, qui quitta la chambre dont il avait été l’un des partisans de la première heure, pour ne plus se consacrer qu’au GBO. Dans ses souvenirs, le généraliste brosse la situation d’un « corps médical ballotté entre deux tendances » de la manière suivante:

« 1. La tendance dure ou ‘négativiste’ de la fédération orthodoxe, présidée par le Dr Van Steenberge (le Dr Thoné ayant été éliminé « à la demande du gouvernement »! – information publiée par le journal ‘La Métropole’), qui proclame la non-conformité de la loi et préconise le désengagement immédiat.

2. La tendance collaborante ou ‘réaliste’ du Dr Wynen qui s’appuie sur les considérations de ses juristes pour accepter la validité des amendements introduits par les députés Brouhon et De Paepe, futurs ministres successeurs d’Edmond Leburton au département de la Prévoyance sociale. »

Pénible à supporter

Pourquoi des Luxembourgeois créèrent-ils une chambre syndicale propre, qui rompit avec Liège et rallia la Fédération ASBL? Le Dr Henrard renonce au sourire, usant de la voix qui doit être la sienne au Conseil provincial de Liège, qu’il préside depuis 21 ans: « En fait, les buts poursuivis par la Fédération Wynen et la fédération d’origine étaient les mêmes, les divergences portant sur les moyens à utiliser. Du côté Wynen, on était plus politique. Wynen est du reste un animal politique né! La scission se fit sur la méthode et le gouvernement choisit la Fédération Wynen comme unique interlocuteur. Nous représentions plus de la moitié des médecins du pays mais nous n’avions pas même un siège en Médico-Mut. Pour être informés, nous devions… lire les journaux. Wynen avait tous les atouts, tant rue de la Loi qu’à l’Europe et au plan international. C’est pour cela qu’un groupe de Sud Luxembourgeois a opté pour cette réalité concrète. Car il fallait être partout et nous n’étions nulle part. »

Le Dr Henrard n’avait pas encore été élu à la présidence. « Je n’étais qu’un 2e classe. Du côté Jous, on lançait: ‘Wynen est un collabo, c’est abominable.’ Du côté Wynen, on répondait: ‘Liège, c’est une révolution politique.’ On était aussi excessif d’un côté que de l’autre. C’était pénible à supporter. »

Le virus informatique

Elu président en 1967, le Dr Henrard (parfait bilingue) se multiplia partout, au nom d’une fédération regroupant… la majorité des médecins flamands. « Wynen avait dans ses rangs une cinquantaine de dissidents flamands, du côté d’Ostende, tandis que nous, nous possédions une cinquantaine de dissidents de l’ASBL à Charleroi et à Bruxelles. »

Après trois années de guerre totale, les deux leaders se retrouvèrent l’un à côté de l’autre à l’occasion d’une journée d’étude organisée à la Maison des ingénieurs, à Bruxelles, sur le thème de l’informatisation de la médecine.

Ecoutons le Dr Henrard: « C’était au début de l’année, en avril il me semble. Il y avait dans la salle des gens de Siemens, d’IBM, de toutes les sociétés informatiques, des représentants des ministères concernés… et deux anormaux: Wynen et Henrard, côte à côte mais ne se parlant plus. Quand nous sommes ressortis, en fin de journée, il y avait du soleil… Wynen m’a dit: ‘Nous avons, toi et moi, tenu le même langage… contre tout le monde: est-ce que tu ne trouverais pas intéressant qu’on essaye de refaire l’unité du corps médical? » Cela me tentait, évidemment. Il m’a proposé de nous rencontrer, pour en parler, dans la maison de campagne qu’il louait à Vianden. Nous avons pris rendez-vous. Après le repas mitonné par son épouse Nicole, nous nous sommes isolés en tête à tête. Il a ouvert le dialogue par cette question: « Quelles sont tes conditions pour reprendre contact? »

La véritable scission

La négociation ayant abouti sur la base d’un partage 50/50 des responsabilités entre les représentants des deux fédérations, le Dr Wynen proposa à son hôte d’accorder de concert une interview en ce sens à feu notre confrère Omer Marchal. Il était certain de l’honnêteté et de la discrétion de ce journaliste qui écrivait pour ‘Spécial’, un hebdomadaire politique aujourd’hui disparu. « Voyons ce qu’il en sortira, » dit Wynen à son invité, ajoutant: « Car nous perdrons des plumes, tous les deux. »

Dès que l’hebdo fut dans les kiosques, avec le portrait des deux médecins clairement d’accord, l’ensemble des dirigeants de la chambre syndicale de Liège démissionnèrent. Les ‘trois mousquetaires’, qui étaient bien entendu quatre, « sont restés des amis, » souligne le Dr Henrard. Qui renoue avec son sourire, pour clamer fièrement: « Cela a été la réunification des chambres syndicales, le 4 septembre 1970. »

Les ‘orthodoxes’ flamands suivirent Liège. Assez rapidement pour la chambre du Dr Alex De Bruyne, qui avait œuvré avec Wynen pour syndicaliser le pays flamand. Mais il fallut dix années pour qu’emboîte le pas la chambre présidée par le Dr Jacques Herpol, un ancien de l’Algemeen Syndikaat.

« En fait, la véritable scission, ce fut moins entre les deux fédérations qu’entre les chambres syndicales d’une part et le GBO de l’autre, » achève, la voix pleine de regrets, le Dr Henrard.n

LES FEMMES REMPLACENT LES HOMMES MOBILISES PAR LE GOUVERNEMENT

Les trois grèves du Dr Françoise Gourmet

« Nous sommes sortis ensemble de la Faculté de médecine de Liège et nous nous sommes mariés, » sourit le Dr Françoise Gourmet, qui quitta Vaux-sous-Chèvremont pour rallier la cité des Henrard: Herstal, où Charlemagne cultivait son jardin longtemps avant que naisse Liège.

Pas plus que Georges Henrard, ‘nez gorge oreilles’ comme on dit encore dans la Principauté, son épouse n’aurait osé imaginer qu’un jour, le corps médical ferait grève. Ce ‘choc du futur’, elle nous l’explique: « Vingt ans avant 1964, nous vivions encore une médecine pleinement libérale. Les médecins soignaient aussi bien les indigents que les riches, ceux-ci payant pour ceux-là. »

Les ‘trois mousquetaires’

Lorsque les législations sociales de 1944-45 furent bétonnées en 1963 par le Parlement (loi Leburton), trois ‘Principautaires’ sonnèrent le tocsin de la révolte. « Nous étions les irréductibles gaulois devant Rome, » se souvient l’épouse de G. Henrard.

Le penseur de ces ‘séditieux’ était un anesthésiste œuvrant à Ste-Rosalie et à Ste-Elisabeth: Guy Block, aujourd’hui décédé. « Un homme qui fourmillait d’idées dans tous les domaines et qui, pour organiser une chambre syndicale, copia le système soviétique avec: des cellules, des chefs de cellule, des délégués locaux, des régionaux et un comité directeur, » consigne le Dr Gourmet. Pneumologue, André Jous était « un esprit original, bourré d’idées, mais quelque peu excessif. » En mauvaise santé aujourd’hui, le Dr Jous, qui avait des consultations à Liège et à Verviers, n’a jamais pardonné au Dr Wynen. Premier président de la Fédération, Roger Thoné, cardiologue, cultivait lui aussi ce que le Dr Gourmet qualifie de ‘besoin d’absolu’. Nos ‘trois mousquetaires’, ayant incorporé un quatrième bretteur, le Dr Jean Dubois, mirent en route leur offensive anti-étatique, en initiant, pour commencer, ceux que le Dr Gourmet appelle les ‘pèlerins des cellules’. »

Destin d’une sauvageonne

« Lorsque j’ai obtenu mon diplôme, nous étions 4 femmes sur 56 médecins, » compte pour nous le Dr Gourmet. Qui se laissa convaincre de se spécialiser en ophtalmologie, se disant qu’une telle spécialité rendrait moins compliquées ses vies de femme (donc de mère) et professionnelle. « Je passais tout mon temps à Bavière, en médecine interne et aux urgences, » dit-elle, ce qui entraîna sa destinée. « Echevelée comme une sauvageonne, je préparais mes examens de 3e doc’ dans le jardin de l’hôpital, lorsqu’un interniste, Pierre Jacquemin, vint me trouver, disant: ‘Weekers n’a personne pour prendre ma succession et il t’attend, pour te proposer l’internat de 2 ans en ophtalmo’. Le professeur Léo Weekers était un monstre sacré, à l’ancienne. »

C’est cette spécialisation qui allait propulser l’épouse du Dr Henrard au cœur de la tourmente syndicale, lorsque le gouvernement mobilisa tous les médecins en grève, à titre d’officiers de réserve. Le Dr Gourmet évoque 1964 avec nostalgie: « Cette grève a eu un effet bénéfique extraordinaire: elle a rapproché quantité de médecins, qui ne se connaissaient pas, et a cimenté l’amitié entre les MG et les MS. »

La pigeonne voyageuse

Le 1er avril 1964, les spécialistes non indispensables dans les hôpitaux furent transformés en téléphonistes par les chambres syndicales. « A Liège, nous avions un bureau avec huit téléphones, à quelques centaines de mètres de la Maison des Médecins. Nous prenions les appels et faisions le tri. Toutes les véritables interventions urgentes étaient confiées au peloton de généralistes qui attendaient à nos côtés, tandis que d’autres MG avaient rejoint les hôpitaux, prêts à seconder les services de garde… car, pour saturer ceux-ci, nous envoyions le moins de médecins possible à domicile. »

Quasi journellement, l’épouse du Dr Henrard jouait les ‘pigeons voyageurs’, pour aller informer de l’évolution de la ‘situation intérieure’ les médecins… qui passaient leurs ‘vacances’ à Valkenburg, dans le Limbourg néerlandais dont les médecins soutenaient leurs confrères belges. Enfin, lorsque de plus en plus d’officiers de réserve furent ‘mobilisés’ par le gouvernement, le Dr Gourmet finit par se retrouver seule au QG, pour décrocher huit combinés, prestant quarante heures aux téléphones.

Un entraînement utile, puisque le ‘soldat Gourmet’ participerait encore à deux grèves médicales. La première fut déclenchée par la seule Fédération orthodoxe, tandis que se discutait la loi Hulpiau, fin 1966. Ce ne fut qu’un demi-échec… dans la mesure où ce mouvement donna du poids aux arguments de la Fédération ASBL, qui négociait des amendements rue de la Loi. Enfin, l’épouse du Dr Henrard, comme la majorité du corps médical belge, participa encore à la grève de l’unité fédérale retrouvée, en 1980.n

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (6)

Il faut sauver la concertation à la belge

« L’avenir est au regroupement de tous les généralistes, » nous confie le Dr Michel Vrayenne au cours d’un bavardage. Deuxième secrétaire général du Groupement belge des omnipraticiens, toujours sur la brèche, notre ‘Valeureux Liégeois’, quelques phrases plus loin, complète sa pensée: « L’avenir est à une collaboration, réelle et positive, entre généralistes et spécialistes. »

Entre ces deux visions de demain, la contradiction n’est qu’apparente. Elle traduit une inquiétude certaine, que nous percevons chez la majorité des médecins avec lesquels l’exercice du journalisme nous met en contact.

Les sirènes politiques

Campant sur ses certitudes (gauche-droite, Flamands-Wallons), le cénacle politique se trompe s’il imagine qu’il aurait circonscrit le corps médical en jouant, depuis quelques années, les MG contre les MS. Les lenteurs des réformes (à commencer par le temps nécessaire pour appliquer le 20/30) tendraient à confirmer ce que beaucoup pensent en secret. A savoir que le politique chante les louanges de la médecine générale moins par conviction que dans un souci de rabotage financier de l’assurance maladie. Le tout-à-l’hôpital des médecins spécialistes des années 1960 à 1980 a laissé beaucoup de cicatrices.

De mesures d’économies en nouveau recul de la Sécu, avec des situations aux limites de la déontologie médicale (« Prescrivez mieux, vous serez indexés »), les ‘frères ennemis’ de la Commission Nationale Médico Mutualiste pourraient ne plus être loin de l’overdose. Comme le ‘trop is teveel’ qui mena à l’union sacrée, en 1963.

En 1964, les militants étaient moins nombreux qu’aujourd’hui

Certes, les militants de moins de 45 ans sont aussi rares à l’ABSyM qu’au GBO, nous l’avons dit. Mais « quand Leburton fit voter sa loi, » rappelle le porte-étendard de la grève historique de 1964, « les militants étaient encore moins nombreux qu’aujourd’hui. » Signe de plus d’un malaise général? Désormais, le Dr Vrayenne salue civilement, lorsqu’il le rencontre à quelque réunion, son ‘frère ennemi’ de toujours: André Wynen. Lequel avait pourtant provoqué l’expulsion de l’ancien secrétaire général du GBO des bancs de la Médico-Mut. Issue des Accords de la Saint-Jean, le 25 juin 1964, la Médico-Mut n’est que la partie la plus visible d’une concertation ‘à la belge’ qui laisse rêveurs la majorité des Européens.

« Comment faites-vous? »

Le 8 mars encore, un haut fonctionnaire, Alain Ghilain, le rappelait à un ‘Midi de l’Info’ de l’Inami axé sur ‘La concertation en assurance soins de santé’. Introduit par le porte-parole néerlandophone de l’Institut comme « le meilleur spécialiste de la question, » le secrétaire de la CNMM et de la Médico-Dentaire ouvrit son exposé par cette saillie d’un dirigeant d’une caisse d’assurance française, lors d’un colloque à Nice: « Mais comment faites-vous, en Belgique, pour arriver à des accords avec le corps médical? » Véritable légende au-delà de nos frontières, la concertation ‘à la belge’ use beaucoup de temps, énormément d’énergie. Seraient-ce ces deux qualités qui manqueraient, de plus en plus, rue de la Loi?

On pourrait être tenté de le penser, dans la mesure où de plus en plus de clignotants syndicaux passent à l’orange. Déjà, le prédécesseur de Rudy Demotte aux Affaires sociales (voir plus loin) avait tenté de coiffer d’un Exécutif taillé sur mesure par le gouvernement l’ensemble des organes de concertation. Et les ‘pouvoirs spéciaux’, réclamés par le successeur de Frank Vandenbroucke, rappellent à beaucoup de militants cette ligne de rupture avec une concertation pourtant magnifiée, lors de l’arrivée de R. Demotte aux Affaires sociales, par les ‘Dialogues de la Santé’.

Plus de 80 organes de concertation à l’Inami

Dommage que le ministre n’ait pu suivre le récent ‘Midi de l’Info’ de l’Inami. Il aurait eu le loisir d’intérioriser cette définition de l’orateur: « La concertation est la pratique de consultation des intéressés avant toute décision. » Une politique riche d’un demi siècle d’expérience, avec certes quelques heurts (la petite grève médicale de 1980 dont nous reparlerons), mais surtout une masse de réalisations auxquelles se sont associés les organes de concertation de l’Inami: plus de 80 en tout!

Au sommet de la pyramide trône le Conseil Général. Les représentants des dispensateurs de soins disposent à cet échelon d’une ‘voix consultative’, avec la garantie légale d’une présence minimale de 2 médecins. Le deuxième organe de cette concertation ‘à la belge’ est le Comité de l’Assurance. Ici, les 7 représentants des organisations représentatives (dont 4 MG au moins) et le représentant élu des praticiens de l’art dentaire (faut-il rappeler que les dentistes participèrent à la grève historique du corps médical?) disposent d’une ‘voix délibérative’. Même s’ils ne sont que 8 sur un total de 48 membres, cette présence est loin d’être négligeable. Elle permet d’associer le corps médical aux moindres détails budgétaires de l’assurance maladie.

Ce rôle financier du Comité de l’Assurance fait du reste de l’institution le censeur budgétaire de toutes les conventions et accords signés en amont, à commencer, pour ce qui concerne la seule médecine, par les accords en Médico-Mut. C’est le Conseil qui saisit le ministre des éventuelles modifications de nomenclatures de tous les professionnels de la santé. Honoraires, formulaires d’attestations, prestations dans les établissements, médecine au forfait, laboratoires de référence, biologie clinique: tout peut être débattu par le Comité, des normes qualitatives et quantitatives de la ‘bonne pratique médicale’ aux AR concoctés par le ministre.

La pratique démocratique

Tout citoyen sait que nos textes de loi sont soumis au Conseil d’Etat, pour avis. La majorité des Belges ignorent que les dispensateurs de soins, associés à l’action de la Commission de contrôle budgétaire, sont partie prenante de cet ‘organe d’avis’ en matière budgétaire, tant pour les prestations hospitalières que pour les objectifs annuels partiels, les conventions et plus globalement pour tout ce qui est susceptible d’avoir une incidence sur le budget de l’assurance maladie. L’un dans l’autre, une centaine d’avis sont donnés chaque année.

Tout ce qui précède, nous pourrions le qualifier d’ ‘Inami d’en-haut’. Avec l’ ‘Inami d’en-bas’, la concertation développe réellement toute ses spécificités. Il existe des organes de dialogue sectoriels pour toute la palette des soins. La CNMM et la Commission nationale dento-mutualiste, officiellement des ‘Commissions d’accords’, ne diffèrent guère dans la pratique de la démocratie réelle des 14 ‘Commissions de conventions’ dans lesquelles siègent, avec les OA, les représentants des autres secteurs: infirmières, kinés, pharmaciens, bandagistes, logopèdes, fournisseurs d’implants, représentants des hôpitaux, des MRS, les orthopédistes, etc.

Les Conseils techniques

« Il faut 5 ans pour faire un président, » comptait récemment Jacques de Toeuf, cité dans nos colonnes par le Dr Yves Delforge, secrétaire général du GBO. La litanie des droits et devoirs de la seule CNMM suffirait à justifier ces cinq années initiatiques. Car la Médico-Mut n’est que la partie la plus apparente d’un iceberg de complexités techniques, juridiques et financières. Prenons par exemple les ‘Conseils Techniques’. Non seulement le CT médical mais aussi des CT dentaire, de la kinésithérapie, pharmaceutique, etc., tous susceptibles d’avoir une influence sur les prescriptions médicales.

De par la législation du 14/07/1994, tous ces Conseils sont habilités à donner des avis sur les modifications de nomenclature, les honoraires, les actes techniques, etc. Le Conseil technique médical groupe 27 membres autour d’un président, pour mémoire: 7 représentants des Facultés de médecine, 11 représentants des syndicats médicaux (dont 4 MG) et 9 représentants des OA.

Les profils MG et MS

Notre modèle de démocratie vivante se poursuit, avec 7 ‘Commissions de profils’ qui ont mission, selon la loi de juillet 1994, « de procéder, à partir de cadres statistiques, à une évaluation individuelle des profils par dispensateur de soins, par prescripteur de soins, par lieu où les prestations sont dispensées, par établissement hospitalier et par séjour hospitalier anonyme. »

Deux Commissions concernent le corps médical, l’une compétente pour les ‘profils des prestations et des prescriptions des médecins de médecine générale’, l’autre pour ceux des médecins spécialistes. Dix membres composent ces 2 groupes, chaque fois 5 représentants des organisations médicales, MG d’un côté, MS de l’autre, ainsi que 3 représentants des OA et 2 représentants du monde du travail (salariés et indépendants), étant entendu que tous les membres des commissions doivent être médecins.

Parlements miniatures

Ajoutons qu’il existe encore une commission des profils compétente dans le domaine de la biologie, où siègent côte à côte des médecins, des biologistes et des pharmaciens, et une autre commission compétente pour les profils hospitaliers. Et, pour être complet – sans lasser nos lecteurs – rappelons qu’il existe encore d’autres organes où siègent des médecins, tels le ‘Collège national des médecins-conseils’ et ses ‘Collèges locaux’. Moins célèbres que le Conseil national de la promotion de la qualité, le Groupe de direction de l’accréditation, le Conseil technique de l’accréditation ou le ‘Comité d’évaluation des pratiques médicales en matière de médicaments’.

Tous ces petits parlements, que nous devons à la grève historique du corps médical, ont évidemment transformé l’existence des médecins. Mais ne serait-ce pas des servitudes acceptées, au nom du concept même de démocratie, si rare en ce bas monde? De surcroît, comme l’exposa en conclusion le 8 mars A. Ghilain: « La concertation induit la solidarité et la responsabilisation des acteurs. »n

 

 

La représentation médicale en Médico-Mut

La Fédération des chambres syndicales, puis l’ABSyM (quand il fallut adapter son patronyme aux nouvelles réalités politiques) domina longtemps sans aucun partage la représentativité médicale dans l’ensemble des organes de concertation.

Revenant sur ‘25 ans de combat syndical’, dans le portrait que brosse de son combat O. Marchal (Hatier), le Dr Wynen consignait en 1989: « Nous portons la responsabilité quasi exclusive de la négociation des accords médico-mutualistes, par conséquence des conditions de travail qui doivent être acceptées ou refusées individuellement par chaque médecin de ce pays. Or nous sommes fiers de dire que les accords négociés par nous depuis 25 ans ont toujours été acceptés bon an mal an par plus de 85% voire 90% des praticiens de la profession médicale. »

Conflit dans le conflit

Depuis l’organisation d’élections médicales, en 1998, l’ABSyM demeure la première centrale syndicale, avec 7 sièges sur 12, un score confirmé en 2002. Mais son monopole n’est plus absolu comme il le fut longtemps. Le premier groupement à s’opposer de l’extérieur aux chambres syndicales fut l’Algemeen Syndikaat.

Le GBO, lui, mena dans un premier temps le combat de l’intérieur, avant que ses dirigeants ne rompent non pas avec la Fédération dominante, celle de Wynen, mais avec la Fédération orthodoxe cimentée autour de Liège Luxembourg. Né d’un conflit dans le conflit, le GBO allait se faire le champion d’omnipraticiens pour lesquels il était grand temps, écrivait déjà le 24 juillet 1966 le Dr Michel Vrayenne, « qu’ils prennent conscience de leur énorme importance dans l’organisation de la médecine demain face à un groupe de spécialistes de plus en plus asservi aux organisations mutuellistes. »

Avec l’Algemeen Syndikaat

Avant de devenir autonome, le GBO se voulut un groupe de pression. Dès 1966, par exemple, ses dirigeants adressaient un courrier à la Fédération ASBL, à la Fédération orthodoxe et à l’Algemeen Syndikaat, pour préciser ses revendications en matière d’honoraires et de nomenclatures, tout en prônant (déjà!) « une revalorisation morale du médecin de famille. » La guerre fratricide que se livraient les deux fédérations ne facilita pas le dialogue avec les omnipraticiens de Liège Luxembourg, qui allaient essaimer à travers le pays et soulèveraient à de multiples reprises, notamment par une série de recours devant le Conseil d’Etat, la question de la représentativité des organisations médicales.

Interpellé sur la question en 1969, le ministre De Paepe suggéra au GBO de prendre contact soit avec la Fédération ASBL soit avec l’Algemeen Syndikaat, pour pouvoir assister en observateur… aux travaux de la Médico-Mut. L’AS accepta d’incorporer des ‘techniciens’ du GBO dans ses rangs, sans contrepartie. Ce que la Fédération ASBL combattit, jusqu’au Conseil d’Etat, où le Dr Wynen obtint gain de cause. Les ‘techniciens’ ne furent plus habilités à siéger.

La Confédération puis le Cartel

Ecoutons ce que nous explique le Dr Vrayenne: « Ejecté par le Dr Wynen, j’ai pu réintégrer la Médico-Mut par le biais de la Confédération. En effet, quand la loi a imposé le regroupement des organisations professionnelles, en 1977, le GBO s’est organisé en Confédération avec l’Algemeen Syndikaat, ainsi qu’avec celle qu’on appelait la ‘Fédération Herpol’, l’ultime chambre syndicale orthodoxe qui ne rejoindrait Wynen qu’en 1980. » Un temps, un sourire, le ‘Valeureux Liégeois’ ajoute: « Et comme la Confédération groupait 3 syndicats médicaux, le ministre nous a attribué 3 sièges en CNMM: 1 par organisation! »

Lors de l’organisation des élections médicales, les conditions imposées par la loi obligèrent l’ancienne aile flamande du GBO, partie à la conquête de sa spécificité régionale et transformée en SVH, à user de la même ruse: s’associer… avec la Confédération, pour former le Cartel.n

 

VDB rêvait d’un Conseil général de la santé

Il n’est pas impossible que le transfert vers l’Emploi (avant sa régionalisation) du prédécesseur de Rudy Demotte aux Affaires sociales ait été motivé – dans les coulisses du pouvoir – par son projet ‘leburtonien’ de contourner, donc neutraliser notre modèle de concertation, en créant e.a. un Conseil général de la santé.

Ironie du sort: ce grand rêve ministériel fut la victime indirecte… des organes de concertation mis en place à l’Inami, où fut autopsié le fameux ‘rapport Peers’. Du nom de Jan Peers, le professeur d’université à qui Frank Vandenbroucke avait demandé une étude sur ‘Les soins de santé en Belgique: défis et opportunités’. Objet de plusieurs séances d’analyse devant le Conseil général de l’Inami et son Comité de l’assurance, au printemps 2000, ce rapport visait à outiller VDB pour mettre fin, nous citons, « à la tension entre la croissance des dépenses dans le secteur des soins et le contexte macroéconomique (qui) met notre système de santé à rude épreuve. »

L’événement social global

Les représentants du corps médical comme les autres membres des deux organes de concertation ne se privèrent pas de mettre l’accent sur les outrances et les approximations du rapport Peers, plus militant que scientifique. Par exemple en consignant que la santé serait « liée à la hiérarchie sociale. » Un excès de langage, d’un point de vue strictement inamien, qui amena le secrétaire général des Mutualités Socialistes à reconnaître qu’effectivement, il n’incombe ni à l’assurance maladie ni aux médecins « de résoudre les problèmes de la société. »

Le président des Mutualités Chrétiennes, consolant le commissaire du gouvernement en faisant remarquer que bien évidemment, « une vision globale en matière de santé s’impose, » le numéro un de l’Inami, Jo De Cock, put enchaîner en soulignant qu’il existait une Conférence interministérielle pour la politique de la santé. Et que dès lors de nouvelles structures n’étaient peut-être pas indispensables. Enfonçant le clou, J. Maes rappela à ce moment de l’autopsie, à propos du ‘lien entre l’événement social global et la santé des personnes’, que les ‘responsables naturels’ d’une vision globale existent: au Parlement.

Le mot de la fin

Les Conseils techniques et les Commissions de conventions, chaque jour, font des choix. Des motivés et publics. Ayant rappelé ceci aux représentants du ministre, qui ne juraient que par le rapport Peers, le haut fonctionnaire Praet, in cauda venenum, précisa que ces choix « établissaient nécessairement des priorités. » Dans le cadre d’une concertation nécessairement proche des citoyens. Ce qui n’aurait pas été aussi évident avec les institutions que le rapport proposait de mettre sur pied. Soit, en sus d’un Conseil général de la Santé, une ‘Commission permanente pour les choix’ (‘sur la vie sur la mort?’ interrogea le Dr Marc Moens) et une ‘Conférence permanente sur les soins de santé’.

Enfin, pour ne pas remuer trop le couteau dans la plaie, ce commentaire de Jacques de Toeuf fera une conclusion que nos lecteurs approuveront, comme un seul médecin: « La responsabilité de la santé des patients doit rester au prestataire de soins et non à l’assurance maladie. »n

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (7)

Hiver 1979-80: la dernière grève général(ist)e

« C’est la plus longue grève du corps médical, » se souvient Jacques de Toeuf. Le mouvement de l’hiver 1979-80 fut également l’ultime grève organisée de concert par les spécialistes et les généralistes.

Depuis 25 ans, les médecins des hôpitaux n’ont plus que débrayé seuls. Sous Dehaene encore, pour protester contre le rabotage financier orchestré dans le cadre du redressement de nos finances publiques, en prévision de l’entrée de la Belgique dans la zone euro. « Au terme d’un meeting organisé à Forest National, nous nous sommes rendus, fanfare en tête, jusqu’au domicile de Magda de Galan, alors ministre des Affaires sociales, » nous confie le maître d’œuvre du mouvement protestataire, J. de Toeuf, qui présidait cette année-là la Fédération des chambres syndicales.

Le projet Dhoore

L’hiver de 1979-80, ‘ma première grève’, le chirurgien n’était encore que l’un des porteurs d’eau de son syndicat. « Avec la bande des jeunes militants, » poursuit J. de Toeuf, « nous faisions le tour des hôpitaux pour expliquer qu’il fallait absolument arrêter le travail. » Dans le collimateur des grévistes: un projet de loi aux relents leburtoniens. Ministre de la Prévoyance sociale du cabinet Martens-Spitaels, le SP limbourgeois Luc Dhoore envisageait, entre autres, d’organiser l’inscription, le forfait en médecine générale, le carnet de soins et l’échelonnement. « Le projet est tombé, » consigne l’actuel vice-président de l’ABSyM. Qui évoque, pour le Généraliste, une victoire doublée d’un échec, car le mouvement accentua la division syndicale du corps médical. « Chez les généralistes, la grève a laissé un gros sentiment d’amertume. »

1964 modèle périmé

Avec le recul, la Fédération (rebaptisée ABSyM dans le cadre de la réforme de l’Etat) a compris son erreur. Avoir oublié que « l’histoire ne se répète pas. »

« On a voulu saturer les établissements mais ce fut beaucoup plus difficile qu’au cours de la grève de 1964. Il y avait non seulement un nombre beaucoup plus important de lits à ‘remplir’ mais, de surcroît, les hôpitaux universitaires n’ont pas joué le jeu, » rappelle J. de Toeuf.

Certes, les MG qui assuraient les urgences à domicile – les appels téléphoniques étaient centralisés comme en 1964 – étaient honorés. Mais pas ceux qui avaient « baissé leurs volets, » alors même que, dans les hôpitaux où ils assuraient des soins minimalistes, les spécialistes étaient rémunérés. La pilule fut amère pour les MG. « Qui nous ont prévenus qu’il ne faudrait plus compter sur eux, » conclut J. de Toeuf.

L’hospitalo-centrisme

Dans les campagnes et les petites villes, tous les MG n’ont pas pris part à l’action des chambres. « Par la suite, des MG qui avaient participé à l’action ont reconnu leur erreur, » nous confie le Dr Philippe Vandermeeren. Déjà militant d’un Groupement belge des omnipraticiens dont il deviendrait le cinquième président, le généraliste namurois refusa de déposer le stéthoscope. Sans cesse malmené par la Fédération Wynen-Henrard, le petit syndicat généraliste, fondé en 1965, n’avait pas envie de soutenir l’action des chambres, au nom d’une culture omnipraticienne née à la fois pour des raisons pécuniaires et d’amour propre. « Une scission quasi philosophique, » nous souffle le Dr Georges Henrard, qui réalise qu’à l’époque, effectivement, « les MS prenaient les places partout. » Ce qu’un reprofilement des chambres corrigerait, la parité MG-MS étant assurée désormais, à tous les niveaux, à l’ABSyM.

L’erreur principale des MG qui participèrent à la grève en 1979-80, pour le Dr Vandermeeren, est d’avoir tenu des permanences de soins dans l’enceinte même des hôpitaux. Ce furent autant de pierres ajoutées… à l’édifice de l’hospitalo-centrisme triomphant de ces années-là. « Peu à peu, ajoute le président du GBO, nous avons réussi à convaincre nos confrères généralistes que notre refus de participer à la grève avait été la bonne attitude. »

Les grands principes

Secrétaire général du GBO depuis 2004, le Dr Yves Delforge est l’un de ces généralistes (re)convertis. Ce médecin d’une campagne (Wépion) avalée par la grande ville (Namur) a accepté d’ouvrir pour nous son tiroir aux souvenirs.

« J’avais pris part à la grève, dit-il, parce que je craignais que la loi-programme du ministre Dhoore fasse perdre à la médecine ses trois principes fondamentaux de la charte médicale, qui sont: le secret médical, le libre choix du malade et la liberté thérapeutique. Dans un contexte économique difficile, cette loi abordait le problème du salariat médical et celui du carnet de santé. C’est là que le Dr Wynen et l’ABSyM voyaient nos principes en très grand danger et c’est pour cela que le mot d’ordre de grève fut lancé. L’Etat allait nous priver de nos libertés et nous mettre sous contrôle! Notre confrère stigmatisait le monde médical en veillant à lui garder son unité, afin d’être fort par rapport au politique. Je n’ai d’ailleurs jamais mis en doute la nécessité d’une collaboration, réelle et franche, entre MG et MS. »

Un éléphant ça trompe

Paradoxalement donc, cette grève commune allait amener le Dr Delforge à prendre ses distances avec les chambres. « En voyant son évolution, » dit-il, « j’ai constaté, comme la majorité de mes confrères généralistes, que la grève servait surtout les intérêts de la médecine hospitalière. Aux dépens de la médecine de première ligne. Et c’est vrai, quand on y pense, que c’était un comble de voir les MG soutenir la médecine hospitalière, alors que la part principale des budgets des soins de santé servait à développer la technicité débridée des hôpitaux. Aux dépens de l’acte intellectuel, du développement de la première ligne, de sa revalorisation. »

Et voilà pourquoi, « comme un grand nombre de mes confrères, nous avons alors décidé d’adhérer au GBO, seul capable, à nos yeux, de soutenir et de valoriser les généralistes. Il nous est apparu inconcevable de contribuer à maintenir la puissance de l’ABSyM qui, en Médico-Mut, représentait le ‘Mammouth spécialiste’, par rapport à la ‘Brebis généraliste’.n

 

Du ‘carnet de santé’ au DMG

Amer, le secrétaire général du GBO? Nous dirions plutôt: agnostique, lorsqu’il lance: « N’est-il pas incroyable de constater que le ‘carnet de santé’, l’une des mesures contre lesquelles nous avons fait grève, existe sous le nom… de ‘Dossier Médical Global’? »

Que d’années dilapidées, en effet, pour instaurer ce DMG dont les omnipraticiens revendiquent la propriété intellectuelle et la généralisation. Le Dr Delforge rugit: « Cette grève a fait perdre aux MG et, plus encore, à nos patients, vingt années. »

Sans doute le ministre Dhoore avait-il choisi la mauvaise méthode: le coup de force, au lieu d’initier quelque ‘Dialogue de la Santé’, en expliquant ce que nous savons tous. A savoir que ce carnet de santé qu’est le DMG est, souligne le Dr Delforge, « l’outil indispensable pour avoir une vision globale du patient. » Un outil qui n’existe que « pour favoriser la communication entre les prestataires de soins et dont le gestionnaire naturel est le MG. »

Cela admis, il n’est pas que le ‘carnet de santé DMG’ qui a dû attendre vingt ans, ajoute le Dr Delforge, « mais également la revalorisation du généraliste, intimement liée à la reconnaissance de notre place dans le secteur des soins de santé. »n

 

 

Jamais deux sans trois?

Il importe d’ajouter quelques mots à ce stade de notre chronique. Que tout malentendu soit évité au département des Affaires sociales, où l’on a appris à l’école à décliner le célèbre dividare ut imperat. De là à penser que jamais plus les généralistes ne s’uniront aux spécialistes, il y a un pas à ne pas franchir.

Si la situation générale devait déraper? « Bien sûr que nous pourrions faire grève aux côtés de l’ABSyM, » nous répond le Dr Michel Vrayenne, ancien secrétaire général du GBO, toujours membre du bureau du syndicat généraliste.

 

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (8)

1994: les généralistes flamands s’émancipent

‘Crise au GBO’ annonce le 23 novembre 1994 ‘Le Généraliste’ en annonçant la partition communautaire du Groupement belge des Omnipraticiens.

Pour comprendre l’éclatement du syndicat – qui s’était organisé à partir de 1965 pour contrebalancer l’influence des spécialistes au sein des chambres syndicales – une excursion dans notre passé est indispensable. ‘Pourquoi avoir choisi la médecine?’ demandions-nous récemment au Dr Yves Delforge. « Quand on rêve de s’occuper d’autrui, nous répondit le secrétaire général du GBO, la médecine me semble être le métier par excellence. »

L’Yser du Dr Daels

Beaucoup de praticiens ont été séduits « par l’aspect social de la médecine, » nous citons encore le Dr Delforge, et c’était déjà vrai hier… et même avant-hier, quand notre pays vit le jour. Des babebibobu du Royaume de Belgique, dans ‘Les Flamands, un peuple en mouvement, une nation en marche’ – que préface, en 1973, le ministre d’Etat Gaston Eyskens (Lannoo Vander) – notre confrère Manu Ruys rappelle: « Un décret du 27/11/1830 stipulait que les décisions du Parlement et du gouvernement seraient publiées dans un Bulletin Officiel. En français exclusivement. On pria les gouverneurs de province d’en assurer une traduction à l’usage de leurs administrés. »

Il faudra attendre un siècle pour qu’il devienne possible, en Belgique, de faire des études de médecine… en langue néerlandaise. En sorte que, cent années durant, un certain nombre de médecins flamands, instruits en français, ajoutèrent à l’aspect social de leur vocation un volet naturellement linguistique.

L’un de ces activistes les plus célèbres est le Dr Frans Daels, qui soigna les soldats blessés dans les tranchées de l’Yser, avant d’enseigner à l’Université de Gand. C’est ce médecin héros de la Première Guerre mondiale qui organisa… les Pèlerinages de la Tour de l’Yser.

Le Dr Martens académicien

Les élus francophones auraient intérêt à (re)lire le livre de Ruys, qui abonde en détails éclairants. Par exemple, on y rappelle que ce n’est qu’au cours des années 1930 que l’enseignement supérieur put se faire en néerlandais. Et ces lignes, page 104: « Le 11 juillet 1935, De Standaard (ndlr: le quotidien dont Manu Ruys fut longtemps l’éditorialiste attitré) rappelait que le corps des officiers était toujours francophone, que les administrations communales bruxelloises refusaient d’appliquer les lois linguistiques, que les dossiers flamands étaient souvent traités en français dans les administrations de l’Etat et que le gouvernement restait indifférent à la flamandisation des activités scientifiques et académiques. »

A la veille de la guerre, en 1939, la nomination du Dr Adriaan Martens, comme membre de l’Académie flamande de médecine, provoqua une crise gouvernementale. Car le médecin s’étant battu pour la reconnaissance du flamand au cours de la Première Guerre mondiale.

L’évolution fédéraliste

C’est ce combat pour la reconnaissance de l’identité flamande, trop longtemps niée, auquel nombre de médecins flamands prirent part, nous confie le Dr Wynen, qui explique que la Fédération des chambres syndicales adapta son patronyme, lors du retour au bercail de la chambre des deux Flandre (1980), pour devenir l’Association belge des Syndicats médicaux (ABSyM-BVAS). Déjà, la révision de la Constitution de 1970-71 avait institué 3 Régions, 3 Communautés et 4 régions linguistiques dans notre pays.

Moins ‘politiques’ qu’André Wynen, les responsables du GBO-VBO, tout à leur combat généraliste, avaient ignoré 1970-71 et, dix ans plus tard, l’avènement du fédéralisme dont on fête, cette année – en même temps que les 175 ans de la Belgique – le 25e anniversaire. C’est en effet le 08/08/1980 que furent créés les quatre Conseils régionaux (flamand, wallon, bruxellois et germanophone) dont les Exécutifs sont désormais habilités à voter des décrets. A côté des lois du peuple belge.

Mort du GBO-VBO

Près de quinze années de fédéralisation avaient fait leur œuvre, lorsque les responsables du GBO-VBO tinrent leur ultime conseil général bilingue, le samedi 19/11/1994. Conduits par le secrétaire général Paul Vandaele, les 10 médecins flamands exigèrent la création de deux ailes autonomes. Les 12 francophones ayant voté contre, les huisartsen claquèrent la porte. Le Dr Philippe Vandermeeren, le jeune président qui avait succédé au Dr Karel Van de Meulebroecke, formula le souhait « que le VBO (puisse) se renforcer en Flandre, comme le GBO a pu le faire, de manière remarquable, en Wallonie et à Bruxelles. » Pour le Dr Vandermeeren, cette rupture survenait dans le contexte de « la surenchère communautaire, qui se manifeste au nord du pays, à la veille des états généraux des MG flamands. »

Le Dr Vandaele, au ‘Généraliste’, justifiait: « C’est dans les années 1980 qu’on été créés l’UHAK (Unie van Huisartsenkringen) et le Vlaams Artsensyndicaat (l’aile flamande de l’ABSyM). Cette dynamique flamande est cependant restée sans effet. Or, dans le même temps, nous constatons que nos membres ne se sentent plus chez eux dans une structure nationale. Les états généraux tombent donc au bon moment. S’il apparaît que l’on souhaite la création d’un syndicat de MG flamands, alors nous souhaitons y jouer un rôle important, par exemple avec l’UHAK. »

La révolution de Gand

Quelque 3.000 MG se serraient dans le palais des congrès de Gand, le 03/12/1994. Chauffés à blanc par la question… de l’accréditation (ci-dessous), ils ovationnèrent le Dr Leo Adams, président organisateur d’une ‘Unie’ groupant 80 cercles généralistes. Ce samedi-là, l’une des revendications de base du Syndicaat van Vlaamse Huisartsen – le SVH se formant autour du noyau de l’ex-VBO – était déployée sur une banderole: ‘Echelonnement maintenant’.

« Lors de la conclusion de la convention pour 1994-95, des promesses ont été faites aux MG, » tonna le Dr Adams à la tribune, avant de dire sa conviction que l’accord en Médico-Mut « est le seul moyen de pression, pour faire changer la politique, » non sans relativiser: « Mais il s’agit d’un épiphénomène dont on ne parle plus après quelques mois. »

Tout en rejetant l’idée d’un affrontement communautaire, le président de l’UHAK se prononça pour une communautarisation des soins de santé, avec d’autant plus de conviction que « la première ligne se développe différemment en Flandre et en Wallonie. » Ayant vertement critiqué l’accréditation et exigé la fin de la pléthore, le président de l’UHAK conclut: « Quoi qu’il arrive, les MG flamands éliront leur Parlement, dans les six mois, pour que nous soyons en mesure d’agir, avant les négociations pour la convention 1996-97. »n

 

 

L’accréditation ‘menace pour l’avenir’

La mise en place des codes barres sur les ordonnances, par la ministre Magda de Galan, en 1994, fut mal accueillie par une partie du corps médical, surtout en Wallonie. Majoritaire en Médico-Mut, l’ABSyM avait bataillé. « Ce que nous avons obtenu est globalement positif, » dit le Dr Roland Lemye.
Le président de la chambre Hainaut Namur Brabant wallon tenta de faire comprendre que « tout combat débouche nécessairement sur une négociation. » Cela n’empêcha pas la chambre Liège Luxembourg de soutenir les médecins qui, place du Marché, à Visé, utilisèrent les nouveaux carnets d’ordonnances, les codes barres devant entrer en vigueur au 1er juillet, pour faire un feu de la Saint-Jean.
Dans le Hainaut, les réactions furent moins chaudes. Elle furent carrément tièdes dans la capitale et en pays flamand. Ces ordonnances futuristes ne représentaient en effet qu’une part infime d’un malaise plus général lié, lui, à l’érosion des budgets de l’assurance maladie, depuis l’avènement de la ‘crise’ économique des sociétés occidentales dont la date inaugurale est le ‘choc pétrolier’ de 1973. C’est pourquoi, dès 1994, de nombreux MG perçurent l’accréditation moins comme une contrainte supplémentaire que comme ‘une menace pour l’avenir’. Car, notait ‘Le Généraliste’ du 23/11/1994, « à la Santé publique, on caresse le vieux rêve d’une formation continue obligatoire, avec examens à la clé. »
Ce printemps, tous les syndicats médicaux ont dit ‘non’ au projet Demotte visant à lier l’accréditation… à la manière de prescrire des médecins. Et ‘non’ aux examens qu’on rêve d’imposer aux MG… comme en 1994!n

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (9)

1998: l’aube des temps modernes

Les élections médicales marquent la fin des temps héroïques. En confiant la responsabilité du scrutin à l’Institut national d’assurance maladie invalidité, le gouvernement met le corps médical à l’abri des soubresauts politiciens. Mais il officialise, par la même occasion, la participation à la gestion de l’assurance maladie du ‘médecin citoyen’ issu des lois de 1944/1945.

Du printemps 1964 au printemps 1998, rappelle le Dr André Wynen dans ‘25 ans de combat syndical’, « nous portons la responsabilité quasi exclusive de la négociation des accords médico-mutualistes. » Si les élections, initiées en 1998, permettent une représentativité plus démocratique, elles ne marquent pas pour autant une réelle césure de fond entre hier, aujourd’hui… et demain.

La maîtrise des dépenses

Dans des souvenirs recueillis 10 ans avant le scrutin médical (et parus chez Hatier en 1989), le Dr Wynen égrène – avec une lucidité effrayante – ce qui revient sempiternellement sur le tapis, depuis 1998, en Commission Nationale Médico Mutualiste: « Ce qui va sans doute changer beaucoup le climat, dans lequel la médecine se pratiquera, est l’exacerbation de ce conflit d’intérêts entre la société et l’individu. L’individu malade se verra de plus en plus contester les soins que son état réclame, parce qu’ils imposeront des sacrifices trop importants à la partie active de la population.

C’est donc vers cette tendance, vers ce que l’on appelle la ‘maîtrise des dépenses’, que notre société se dirige et, par conséquent, le rôle du médecin va encore se compliquer. Il ne devra plus seulement défendre le patient contre la maladie mais, de plus, contre l’égoïsme d’une communauté de bien-portants. Je crois que si l’on cherche à scruter l’avenir, c’est dans cette perspective-là qu’il faut se placer. Si le médecin, à titre personnel, assumera toujours une responsabilité individuelle, à l’endroit du patient qui se confie à lui, il assumera aussi, inévitablement, une responsabilité collective, à l’intérieur de sa profession, pour pouvoir, uni au corps médical, défendre des budgets convenables dans le domaine des soins de santé et, au coude à coude avec ses confrères, arracher, à la collectivité, des moyens à la hauteur de ce que les malades sont en droit d’exiger d’une société et d’une civilisation modernes. »

Ce que dit la loi

A la veille du premier scrutin médical, les chambres syndicales disposaient de 10 sièges en Médico-Mut et la Confédération GBO/ASGB de 2. Le ‘fait du prince’ cent fois dénoncé par l’Algemeen Syndikaat et le Groupement belge des omnipraticiens.

Les tensions entre la majorité et les minorités médicales, d’une part et, d’autre part, celles qui agitaient un régionalisme résolument passé au stade du fédéralisme, poussèrent le gouvernement à prévoir que tout syndicat – pour être reconnu – se devait de représenter à la fois des MG et des MS exerçant dans au moins deux Régions. Les deux autres conditions étant d’exister depuis 2 ans au moins et de compter minimum 1.500 membres. C’est pourquoi l’ancienne aile flamande du GBO, devenue, après Gand, la base du Syndicaat van Vlaamse Huisartsen, fut obligée de s’allier en Cartel avec la Confédération. Pourquoi pas de syndicats monodisciplinaires? « Pour que le linge sale se lave en famille, » nous répond A. Wynen, le gouvernement plaçant de surcroît sur le banc médical un nombre égal de MG et de MS.

L’appel du Dr Jacquet

A l’instant où l’Inami postait les bulletins de vote, le médecin dont la dynamique avait réussi à mettre sur pied celle qui demeure, ce jour encore, la fédération régionale la plus volontaire du pays francophone, s’exprimait dans nos colonnes. Premier président d’un Forum des Associations de Généralistes créé sur le modèle de la Fédération des Associations de MG de Charleroi (FAMGC), le Dr Michel Jacquet, dans ‘Le Généraliste’ du 3 juin 1998, mettait l’accent sur le premier enjeu du scrutin.

Ce qu’il disait n’est pas un document d’archives, hélas, mais un cri qui demeure d’actualité. Car trop de médecins sont davantage disposés à protester, voire même à descendre une fois l’an dans la rue, qu’à s’investir dans la défense professionnelle. Ce qui oblige évidemment à participer à la Médico-Mut, aux travaux des commissions de l’Inami, à informer les confrères, avant et après des séances qui se déroulent souvent en soirée. Des soirées passées, de temps à autre, à éplucher les ‘pavés’, 150 pages signées Rudy Demotte tout récemment, du cabinet des Affaires sociales. Non, la vie du ‘médecin citoyen’ n’est pas un long fleuve tranquille et nos politiques se passeraient sans doute volontiers de ces auxiliaires pointilleux car…

Réécoutons le Dr Jacquet: « Le souhait de nos ministres, c’est que les médecins se désintéressent de ces élections. Ne votent pas ou votent blanc. De cette façon, ils pourraient contrôler le banc médical. Avec l’argument fallacieux que les médecins sont des proies faciles, désabusées et désintéressées de la défense professionnelle, au point de ne pas cautionner des formations syndicales dès lors représentatives. »

Le premier scrutin

C’est le 27 juillet 1998 que la première Médico-Mut issue des urnes – 7 élus ABSyM-BVAS et 5 élus Cartel – fut officiellement installée par la ministre des Affaires sociales, Magda de Galan annonçant aux élus que le fonctionnaire qui présidait depuis sa naissance la Commission, le Dr Jérôme Dejardin, céderait le flambeau pour la première séance de travail, en septembre.

Issu du cabinet Leburton, le médecin fonctionnaire liégeois, admis à la retraite, avait participé à l’élaboration de la loi… à l’origine de la grève historique de 1964. Preuve que ‘la fonction fait l’organe’, le Dr Dejardin avait rapidement rallié le combat de ses confrères pour défendre le modèle belge des soins de santé, tout particulièrement à la veille de sa retraite, en s’opposant à la ‘rage normative’ du collègue de Mme de Galan à la Santé: le ministre Marcel Colla. D’aussi sinistre ‘mémoire médicale’, selon le Dr Wynen, que le ministre Califice (cf. ci-dessous).

Pour le vote généraliste de 1998, le Cartel recueillit 6.937 voix (59%) et l’ABSyM 4.665. Pour le vote spécialiste, le Cartel réunit 1.444 voix (9,9%) et l’ABSyM 13.072.

En Flandre et dans les provinces francophones, les votes généralistes varient relativement peu. C’est dans la capitale et le Brabant wallon que le Cartel fait son moins bon score: 47,8%. Partout ailleurs il devance l’ABSyM, avec 52,6% dans le Hainaut, 54,8 à Liège et 56,8 pour Namur Luxembourg. En pays flamand, pour le vote généraliste toujours, le Cartel devance partout le BVAS, son score minimum étant enregistré dans le Limbourg (59,7) et son sommet dans le Brabant flamand (66,8).n

 

André Wynen rend justice au ministre Dhoore

Lecteur assidu du ‘Généraliste’, le Dr Wynen nous signale que nous avons confondu le ministre des Affaires sociales et son collègue de la Santé, lors de notre évocation de la dernière grève général(ist)e, l’hiver de 1979-80 (7e texte de notre chronique, 28 avril, page 8).
Nous disions que les projets d’AR ayant motivé la grève portaient la signature du socialiste limbourgeois Luc Dhoore. Titulaire du portefeuille de la Santé, l’homme, bien au contraire, a intercédé dans les coulisses des gouvernements Martens/Spitaels 1 et 1bis, pour faire entendre la voix des médecins, nous dit l’ancien leader des chambres syndicales.
C’est en fait le démocrate-chrétien Califice qui trônait aux Affaires sociales et qui, sous l’influence des Mutualités Chrétiennes, avait défié de front le banc médical. Avec la chute du Martens-Spitaels 1bis, officiellement sur les Fouron, et en attendant le gouvernement Martens 2, précise le Dr Wynen, « le projet de loi Califice fut nettoyé de tout ce qui mettait à mal le libre choix, l’indépendance du médecin et le secret de la confidence. » Le tout en échange « de l’abandon de toutes nos exigences budgétaires, » ajoute le Dr Wynen, avant cette nouvelle mise au point: « Aucun avantage financier n’a résulté de cette grève. Ni pour les hôpitaux. Ni pour les spécialistes. Par contre, la quasi totalité de l’index a été transférée sur la médecine générale. »

 

UN DEMI-SIECLE DE CORPORATISME SYNDICAL (10)

2002: la médecine au creux de la vague

« Non, l’utilisation de la première ligne, ce n’est pas du ‘généralo centrisme’, ni une revendication corporatiste des médecins généralistes pour s’assurer une rente confortable au détriment des spécialistes, mais un mode d’organisation des soins de santé au service de la qualité des soins. »

Cet acte de foi porte la double signature des Drs Anne Gillet et Michel Vermeylen. Nous sommes le 16 mars 2002, aux ‘Etats généraux de la médecine générale francophone’ qui réunissent, à Bruxelles, un millier de praticiens. Qui applaudissent ‘en front commun’ le président de l’Association des médecins de famille de l’ABSyM et la vice-présidente du Groupement belge des omnipraticiens.

Pour le corps médical en général, et pour la première ligne en particulier, 2002 apparaît – avec le recul dont on dispose – comme le creux de la vague. A la veille des 2e élections médicales, le ministre des Affaires sociales le dissimulait à peine. Dans une interview qu’il put relire avant parution, Frank Vandenbroucke confiait au ‘Généraliste’: « Si l’on souhaite que les progrès et les avancées de la médecine soient accessibles à tous, notre société devra choisir d’investir davantage dans l’assurance maladie invalidité. »

Le consensus Nord-Sud

Autre témoignage du malaise des soins de santé, l’interminable liste des ‘revendications des médecins généralistes’ réunies, le 23 avril, dans le célèbre ‘Consensus Nord-Sud’. Quelques-unes ont abouti et bien d’autres sont en bonne voie, preuve que 2002 fut, par excellence, l’année des vaches maigres.

En juin 2002, le Conseil des ministres n’en approuvait pas moins l’AR par lequel Magda Alvoet (Santé) organisait la reconnaissance des cercles de généralistes. Au même moment, les MG français obtenaient le 20/30… au terme de 7 mois de conflits, de grèves et d’actions difficiles. Ce qui aura été épargné à leurs confrères belges, puisque, fin 2005, cette revendication essentielle du ‘consensus’ rencontrera l’exigence qu’exprimait l’ensemble des militants généralistes de l’ABSyM-BVAS, du Cartel/Kartel, du FAG, de la SSMG, de l’UHAK, du VHP et de la WVVH.

Vox clamanti…

Le cœur à marée basse du corps généraliste influence le scrutin de juin. Les commentaires post-électoraux relevant d’une stratégie, l’explication de la victoire… des non-votants est, peut-être, à chercher dans ces propos du ministre des Affaires sociales, parus dans notre édition du 29 mai 2002: « J’ai le sentiment que beaucoup de médecins de terrain sont mal informés sur l’importance du rôle décisionnel de leurs représentants élus. Souvent, quand un médecin de base m’interpelle au sujet d’un dossier, je suis obligé de lui expliquer comment les décisions se prennent. »

Comme tous les médecins, les élus du corps médical vivent dans le surmenage chronique. Ce qui explique pourquoi tant l’ABSyM que le GBO rêvent d’accueillir des volontaires dont l’action soulagerait non seulement les tensions horaires du petit nombre qui se dévoue pour la profession mais multiplierait également les ‘relais’ des commissions officielles et de la Médico-Mut dans les régions et les cercles. Voici quelques jours, quelques médecins chahutaient à Gembloux, sous la bannière d’un mouvement ‘AMI’, alors même que les deux syndicats se démènent, depuis des années, pour une revalorisation des actes médicaux intellectuels. Vox clamanti in deserto?

L’adieu de VDB

En juin 2002, le triomphe des non-voix se monte à 42,14%. Côté généraliste, le Cartel recueille 7.148 voix (69,12%) et l’ABSyM 2.908 (28,12%). Pour le collège spécialiste, où les non votants sont 44,91%, l’ABSyM recueille 10.660 voix (87,08%) et le Cartel 1.188 (9,7%). Ce qui, sur les bancs de la CNMM, ne change pas les forces en présence: 7 élus pour l’ABSyM, dont 2 MG, et 5 élus pour le Cartel, dont 4 MG.

Le Cartel, qui a accru le nombre de ses voix, attaque et contre-attaque tout à la fois, à la rentrée de septembre: « Depuis 40 ans, les accords médico mutualistes ont favorisé les actes techniques et accepté un écart grandissant avec les actes intellectuels, au détriment donc des médecins généralistes. »

Dans l’interview qu’il nous accordait à la veille des élections… et qui apparaît aujourd’hui comme son adieu aux Affaires sociales, F. Vandenbroucke, dont le père était médecin, ne disait pas autre chose: « D’une manière générale, on a négligé, pendant de longues années, la médecine de première ligne, tant en Médico-Mut qu’en bien d’autres lieux. Pas uniquement au plan financier. Et je ne songe pas seulement aux généralistes mais également à tous les médecins qui effectuent des prestations avant tout intellectuelles comme, par exemple, les pédiatres et les gériatres, les psychiatres, les rhumatologues. »

La révolution d’octobre

Sans doute parce qu’il est bon de ‘battre le fer tant qu’il est chaud’, 10.000 médecins enterrent 2002 par une grande manifestation dans les rues de la capitale, le samedi 14 décembre, au terme d’une douzaine de manifestations locales. Nul doute que cette démonstration de masse, à laquelle ont pris part des spécialistes et des paramédicaux, aura influencé la dynamique budgétaire de Verhofstadt 2, puisque le successeur de VDB bénéficiera – l’année suivante – d’une enveloppe majorée de 4,5%.

Il était temps. Mais les besoins étaient tels – et le restent – que Rudy Demotte paraît moins orchestrer une véritable politique de santé que se débattre avec une règle à calculer devant une balance d’apothicaire. Un choix de société. Ce manque de subsides alloués par la collectivité à la santé et qu’André Wynen définit comme « l’égoïsme des bien-portants », a des répercussions négatives sur la vie des praticiens de première ligne, dans le même temps qu’il écarte la majorité des patients des dernières avancées thérapeutiques.

Prisonniers – comme leur ministre – de ce choix entériné par les élus du peuple belge, les élus du corps médical n’en continuent pas moins le combat. Sans cesse confrontés aux statistiques et aux chiffres, ils conjuguent courageusement, semaine après semaine, l’art de guérir avec l’art du possible. Dans la continuité d’une bataille ouverte aux (premiers) ‘Etats généraux de la médecine’, le 19 octobre 1963.n

Les syndicats en Médico-Mut

Brièvement, puisque nous serons appelés à en reparler souvent d’ici aux élections médicales de 2006, voici un état des lieux des forces syndicales en présence en Médico-Mut.

l L’ABSyM-BVAS (7 élus dont 2 MG) ignore les frontières linguistiques ou professionnelles et, dans la continuité des chambres syndicales créées en 1962-63, compte en son CA 18 MG et 18 MS de chaque communauté linguistique.
l Le GBO (2 élus) poursuit depuis 1965 sa lutte pour les omnipraticiens car, résume son président, « la médecine générale est en danger. »
Nous reviendrons sur ce qui sépare les deux centrales francophones, pour parler plus longuement des syndicats flamands.
l L’ASGB (2 élu dont 1 MG) s’est organisé en Confédération avec le GBO francophone en 1977 pour siéger en Médico-Mut. L’Algemeen Syndikaat van Geneeskundigen van België a été créé dès 1954 par des militants de la cause flamande, les études de médecine dans la langue de Vondel n’existant que depuis 1932. Le passé de résistant et de déporté d’A. Wynen explique pourquoi ce syndicat ne s’est jamais fondu dans les chambres syndicales, tout autant que la philosophie que son leader historique, le Dr Marcel De Brabanter, 84 ans aujourd’hui, résume pour nous: « Le médecin doit s’intégrer dans l’assurance maladie. » MG durant 14 ans puis anesthésiste réanimateur, le Dr De Brabanter, comme ses successeurs, n’en est pas moins opposé au courant qui, en pays flamand, « entend aligner la pratique médicale sur le modèle anglo-saxon. »
l Le SVH (1 élu), qui a rompu en 2004 avec le Kartel formé en 1998 avec la Confédération, est en effet le seul mouvement partisan de l’échelonnement obligatoire. Faisant campagne pour le monosyndicalisme, le Syndicaat van Vlaamse Huisartsen met actuellement tout en œuvre pour qu’une Domus Medica puisse accueillir tous les MG flamands et toutes leurs organisations, conjointement avec le Vlaams Huisartsenparlement, l’Unie van Huisartsenkringen et la Wetenschappelijke Vereniging van Vlaamse Huisartsen.n

 

Philippe ROBERT

 

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